Extrait d'Yvon

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C'était un petit espace bavard d'amour sain qui me tendait les bras dans un lit de fées saintes qui me tendaient les draps.

Quand tu fermais les yeux, je te savourais gentiment.Quand tu fermais les yeux, je t'étais et je pansais la mort. Maman, quand tu fermais les yeux, je te caressais et tu ouvrais un œil. Et je te caressais et tu ouvrais un autre œil. Et j'étais content. Et tu me parlais. Tu me disais des traits d'unions, des points à la ligne et des titres soulignés. Tu me disais  des mots diésés, empaquetés, gracieux avec des pleins, précieux avec des déliés. Tu me racontais des mots croisés qui partaient comme St-Louis.

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Je veux pas crever, je veux pas mourir

Je  veux pas crever, je veux pas mourir
je veux pas payer les impôts le gaz et le masque à gaz que tu portes
je veux des câlins d’or et d’ailleurs
et trouver dans les ordures l’odeur pouacre d’un sexe d’art
je veux pas crever le ballon volant de l’azur enfantin
et sentir mon cœur de gosse se dégonfler comme un ballon voleur de souvenir
je veux pas me suicider parce qu’on me tue savamment
je veux pas crever, je veux pas mourir
je veux pas vivre de bière et d’alcool important
et la colle se fond de l’artère au poumon
je veux pas et plus
et plus le lit se vide et plus l’ami s’éloigne et plus je viens
je veux pas crever idiot je veux pas crever vieux
je veux mon sexe dans ta bouche comme un cadeau
et ta main dans la mienne mieux qu’un sexe dans le tien
je veux pas crever de haine de colère et de guerre froide
dans la chaleur calculée de l’œil du voisin
dans le frigidaire infernal de la politesse du copain
dans la mort volontaire d’un poète joli
je sens la glace et le verglas fatiguant du Dieu
et je veux peut-être pas crever
je veux mourir idiot dans le ventre de ma femme
et ton ventre s’ouvrira dans mes rêves douloureux
je veux pas crever de tristesse et d’angoisse
et comme hier et demain je veux pas sentir la mort
je veux pas payer mes impôts mes regrets et mes fautes
je veux des amours et des morts fébrifuges et calmes
des souffrances apaisantes et ton sourire debout
je veux pas que mon crâne tombe assis sur la table
et aujourd’hui je veux écrire droit
je veux pas qu’on s’emmerde, qu’on s’assassine
je veux pas qu’on m’assassine le matin quand j’émerge
je veux plus baiser, éjaculer sur ta cuisse ou près de toi
je veux pas baiser je veux pas crever je veux faire l’amour
je veux te voir dans moi et dans la franchise du sang
je veux pas crever ce soir ni mourir demain
je veux peut-être pas me suicider peut-être plus,
j’aime encore.


Michel Catalo - 7 novembre 1979

Extrait d'Yvon

La patience de l'herbe sauvage et fatiguée serpente comme les chemins qui mènent à Rome et à tout.

La vigne, couleur de barbe de mendiant, fait son boulot comme hier.

Des éclaboussures d'aube et de bouse mathématiquement et scrupuleusement construites au hasard, poétisent l'oxygène et le calcaire.

oui.

Un savon de mélancolie, pesant et qui m'inquiète, désinfecte cette sale fin de septembre.

La mer se retire comme un amant foutu.

Il y a des espérances anachroniques et dégagées à décevoir dans l'air, des silences d'eau frisquette et matinale.

Il y a des lassitudes de fleurs et de plantes à voir, des regrets de coquillages à comprendre.

Oui.

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La majorité des enfants pensent...

La majorité des enfants pensent que les adultes sont des adultes, c'est-à-dire d’imposantes statues de l’île de Pâques, des sortes d’intouchables commandeurs des croyants, des monstres.
Et, si la notion de Dieu, bien que présente, leur reste vague, elle leur apparaît plus précise,  mieux définie dans les paroles et dans les actes  de ces « grandes personnes » qui évoluent autour d’eux,  qui dictent, ordonnent, contrôlent, gèrent et « savent ». Ils ont une peur aveugle et une confiance bleue en ces gens  qui ont le pouvoir et se pourrissent  d’angoisse quand un de ces géants les regarde d’un œil torve et réprobateur.
Et c’est tout tristes, profondément déçus, qu’un jour, ils s’aperçoivent qu’ils sont eux-mêmes devenus d’un d’eux, atterris, comme par erreur, sur la minuscule et très lointaine île du Pacifique oriental, perdus parmi les « moai », graves et verticaux monolithes d’un ahurissant cromlech

Actuellement l'état nous rackette honteusement...

Actuellement, l’état nous rackette honteusement, nous vole impunément. Notre valeureuse et enviable démocratie, avec ses frénétiques besoins d’argent, se comporte comme une dictature sournoise et, parfois, underground. Ce n’est même plus conscient, c’est tombé dans les habitudes, les  mœurs.

Il est absolument impossible de continuer à payer autant, tous les jours, tout le temps. C’est insupportable.

Des taxes directes ou indirectes en prélèvements indélicats, de ponctions perverses et saignées légales, notre pays se maintient mais pas nous.

Les olives

1)    A Réalmont, village de quelques milliers d’habitants, le petit garçon entre dans l’épicerie de monsieur Boutonnier et dit :
-    Bonjour, Monsieur Boutonnier, je voudrais acheter une olive.
-    Une olive ?... Une seule ?...
-    C’est pour planter.
-    Ah  bon ! Si c’est pour planter, alors je te la donne.

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Extrait de "Même les femmes moches ont des seins"

L'art est bourré d'erreurs de bon ou de mauvais goût, d'erreurs utiles, d'erreurs essentielles, d'erreurs calculées ou non, de méchancetés inavouées mais fortes,

de crâneries faciles, d'enfantillages puissants et de bêtises poignantes, de silences à bas cris.

On peut parfois appeler ça des accidents bénévoles, on peut parfois appeler ça des injures à l'implacable réalité, des insultes graves au trop vrai, mais on peut dire aussi que, n'importe quel créateur, de horticulteur à l'écrivain et de l'aquarelliste au maçon, ressemble à Dieu.

Rue Baron

Il est six heures du matin, rue Baron. Je suis chez Dorothée, au deuxième étage, et  je peins des bêtises sur "le jour de l'âne et de Noël" ( une commande de douze petites toiles qu'on ne me paiera jamais). C'est le mois de novembre 92, il pleut, il ne fait même pas froid et la fenêtre reste furieusement ouverte. Marie et Bénédicte dorment, je crois que Dorothée aussi. Tout baigne. La vie coule comme une chanson douce et tiède. Et bien non!... A cause de la fenêtre furieusement ouverte, j'entends une petite fille qui crie et qui pleure, qui pleure et qui crie. Alors, Michel, qu'est-ce que tu fais ?... ( Michel, c'est moi). Rien. On met les seuls yeux qu'on a à la fenêtre et, voyeur, on regarde, on écoute. La petite fille, effectivement, est petite et elle a un bonnet qui lui cahe les cheveux et les deux oreilles. Sa mère et sa maman lui tiennent au moins une main. Mais cela ne fait rien, la petite fille pleure toujours. Et, pendant que Dorothée, Marie et Bénédicte dorment, pendant que, ailleurs, mes amis dorment, font l'amour ou la fête, pendant que je peins, la maman se retourne, marche un peu plus vite, regarde sa petite fille, s'arrête de marcher et lui dit :" Ma chérie, je ne peux pas faire autrement." Et comme je ne comprends pas pourquoi je ne peux plus continuer à peindre, je ne comprends pas pourquoi, subitement, une énorme lassitude, lourde comme une enclume, vient me tomber dessus, me couvrir pesamment les épaules et m'épouser la nuque.
Faut-il, vers les six heures du matin, regarder dans les rues de nos villes?...
Peut-on continuer à peindre quand une petite fille est malheureuse ?...

Il aimait tellement....

Il aimait tellement la douceur amère et l'agressivité farfelue  des femmes ( Epouses, mères, soeurs, copines, cousines, amies, voisines, secrétaires de directions différentes, collaboratrices, filles, demoiselles d'Avignon, rombières brunes, tendrons, mamies donzelles, allumeuses de réverbères) que sans s'en apercevoir, il devint mysogine, homosexuel, travesti, petit garçon, divorcé et malheureux.

Mon amour, je ne t'aime plus et,.....

        Mon amour, je ne t'aime plus et, pourtant, nous nous aimons. Comment cela se fait-il ?... Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire?... Je ne sais pas trop. J'avoue des doutes, des douleurs. Tu vois, toi?... Il doit bien y avoir des solutions, des ruses. je pense que, comme tous les grands lâches, nous nous ferons deux ou quatre belles épousailles, trois ou six petites fiançailles homéopathiques, des scènes de ménage éclatantes, retentissantes et fébrifuges, de la daube et de la soupe au chou bouillante, un pot au feu de veau, des cornichons brûlés et un raton laveur farci et... Et merci, y'a pas de quoi, de rien, circulez, à demain, on se verra à la messe, au mess des officiers, à la Kermesse ou chez Valentin le désossé, laisse tomber la neige et tes bras le long du corps, et allez-y tous, allez tous crever.

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Si comme on le dit...

Si
comme on le dit
la peur bleuit
Cupidon est un Schtroumph.

Quand la mer....

Quand la mer monte encore et toujours,
Quand le jour tombe et que la nuit le fait aussi,
Quand Azako épouse Pascal avec ses yeux bridés d'amour et de gentilles douceurs, Quand Sophie ouvre l'œil alors que Agathe naît, que Boris part et que Félix arrive,

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Le rêve évolue.

Le rêve évolue. Les rêves révolus coulent, suivent les dorades. ( je pêche les dorades, pas les villes).
Pause d'abbatiale, signes. Féconde et perverse, une lumière athée. Héroïsme flagrant et sec d'onze heures.

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Balade

Devant l'étang, je me souviens, je me rappelle et ne t'appelle plus.

Et je te méprise pour le regret que j'ai de toi et de nous.

Tu n'existes dans mon envers qu'au passé. Tu subsistes.

Oui.

Quand je marchais avec toi dans la rue

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