Je veux pas crever, je veux pas mourir

Je  veux pas crever, je veux pas mourir
je veux pas payer les impôts le gaz et le masque à gaz que tu portes
je veux des câlins d’or et d’ailleurs
et trouver dans les ordures l’odeur pouacre d’un sexe d’art
je veux pas crever le ballon volant de l’azur enfantin
et sentir mon cœur de gosse se dégonfler comme un ballon voleur de souvenir
je veux pas me suicider parce qu’on me tue savamment
je veux pas crever, je veux pas mourir
je veux pas vivre de bière et d’alcool important
et la colle se fond de l’artère au poumon
je veux pas et plus
et plus le lit se vide et plus l’ami s’éloigne et plus je viens
je veux pas crever idiot je veux pas crever vieux
je veux mon sexe dans ta bouche comme un cadeau
et ta main dans la mienne mieux qu’un sexe dans le tien
je veux pas crever de haine de colère et de guerre froide
dans la chaleur calculée de l’œil du voisin
dans le frigidaire infernal de la politesse du copain
dans la mort volontaire d’un poète joli
je sens la glace et le verglas fatiguant du Dieu
et je veux peut-être pas crever
je veux mourir idiot dans le ventre de ma femme
et ton ventre s’ouvrira dans mes rêves douloureux
je veux pas crever de tristesse et d’angoisse
et comme hier et demain je veux pas sentir la mort
je veux pas payer mes impôts mes regrets et mes fautes
je veux des amours et des morts fébrifuges et calmes
des souffrances apaisantes et ton sourire debout
je veux pas que mon crâne tombe assis sur la table
et aujourd’hui je veux écrire droit
je veux pas qu’on s’emmerde, qu’on s’assassine
je veux pas qu’on m’assassine le matin quand j’émerge
je veux plus baiser, éjaculer sur ta cuisse ou près de toi
je veux pas baiser je veux pas crever je veux faire l’amour
je veux te voir dans moi et dans la franchise du sang
je veux pas crever ce soir ni mourir demain
je veux peut-être pas me suicider peut-être plus,
j’aime encore.


Michel Catalo - 7 novembre 1979